
L’intervention vénézuélienne de l’administration Trump : justifications juridiques, intérêts liés aux ressources et politique MAGA
L’article analyse le raid militaire de 2026 à Caracas, appelé « Absolute Resolve », mené par l’administration Trump, qui a enlevé le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse pour des accusations de narcotrafic. Il soutient que cette opération s’interprète mieux comme une fusion d’opportunisme juridique, d’ambitions liées aux ressources et de politique alignée sur MAGA. Officiellement présentée comme une action d’application de la loi fondée sur une mise en accusation américaine pour narcoterrorisme, l’opération s’appuyait sur des précédents tels que la doctrine Ker-Frisbie pour affirmer que même un enlèvement illégal à l’étranger ne pourrait pas empêcher une poursuite devant les tribunaux américains.
Cependant, selon le droit international, l’article soutient que l’opération viole ouvertement l’interdiction prévue par la Charte des Nations unies contre l’utilisation de la force portant atteinte à l’intégrité territoriale et à l’indépendance politique d’un autre État, ne satisfait pas au critère d’autodéfense de l’article 51, et ignore les mécanismes d’extradition conçus pour préserver la souveraineté. Les juristes cités dans l’article ne voient aucune justification juridique internationale plausible et avertissent que la normalisation de telles actions invite à des interventions similaires par des puissances comme la Russie ou la Chine sous des prétextes parallèles.
L’auteur soutient ensuite que les intérêts liés aux ressources — les vastes réserves de pétrole du Venezuela et l’Arc minier d’Orénoque riche en minerais — sont des moteurs centraux, soulignant l’insistance répétée de Trump sur le « pétrole », le contrôle par les États-Unis des ventes de brut vénézuélien, et les plans visant à ouvrir les secteurs pétrolier et minier aux entreprises américaines tout en refusant l’accès à la Chine. Cela équivaut à une administration économique de facto du Venezuela, avec Washington contrôlant les revenus pétroliers et exerçant un droit de veto sur les autorités intérimaires, que l’article qualifie d’une nouvelle forme d’impérialisme des ressources.
Sur le plan politique, l’intervention consolide une « économie politique MAGA » : une rhétorique nationaliste combinée à une extraction agressive par les entreprises, soutenue par une large part de l’establishment républicain et des influenceurs clés de MAGA, mais remise en question par certains isolationnistes America First préoccupés par un dépassement des pouvoirs exécutifs. Le secrétaire d’État Marco Rubio apparaît comme un architecte principal, reliant la politique vénézuélienne à une stratégie hémisphérique plus large et laissant entrevoir une pression possible sur Cuba. L’article conclut que le Venezuela est devenu un cas test pour les interventions du XXIe siècle motivées par les ressources qui érodent le droit international et étendent le pouvoir unilatéral de l’exécutif américain.
Introduction
Le 3 janvier 2026, lors d’une opération militaire nommée « Absolute Resolve », les États-Unis ont mené un raid spectaculaire à Caracas, au Venezuela, entraînant l’enlèvement forcé du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores. L’opération, impliquant 150 avions déployés depuis environ 20 bases et conduite par les forces spéciales américaines, a marqué l’action militaire la plus agressive du mandat du président Donald Trump. Selon des responsables américains, Maduro a été transporté à bord de l’USS Iwo Jima jusqu’à New York pour faire face à des accusations criminelles fédérales[1]. Cette intervention, justifiée par l’administration Trump comme une opération policière ciblant le trafic de drogue, a déclenché un vif débat juridique international, un examen par le Congrès, ainsi que des interrogations sur les véritables motivations géopolitiques et économiques sous-jacentes à l’implication américaine au Venezuela. Ce rapport examine les bases juridiques de la capture de Maduro, les intérêts liés aux ressources qui motivent la politique américaine, la coalition politique soutenant l’intervention, ainsi que les implications plus larges pour la politique étrangère américaine et le droit international.

Figure 1 : Nicolás Maduro est présenté au tribunal de Manhattan suite à sa capture par les forces militaires américaines
Partie I : L’opération militaire et les justifications initiales
Présentation de l’opération
L’opération militaire du 2 janvier était l’aboutissement de plusieurs mois de tensions croissantes entre l’administration Trump et le régime de Maduro. Dès septembre 2025, l’armée américaine avait mené plus de 20 opérations en eaux internationales visant des navires soupçonnés de trafic de drogue, entraînant plus de 80 décès[2]. Ces actions préliminaires ont préparé le terrain pour l’intervention spectaculaire qui allait suivre.
Le général Dan Caine, président des chefs d’état-major interarmées des États-Unis, a présenté l’étendue de l’opération. Le raid a mobilisé 150 avions décollant d’environ 20 bases terrestres et maritimes, assurant une couverture aérienne pour les forces spéciales déployées par hélicoptère chargées d’extraire Maduro et son épouse de la résidence présidentielle à Caracas. Selon les rapports officiels, des agents de la CIA étaient stationnés au Venezuela depuis août, recueillant des renseignements sur les déplacements et les détails de sécurité de Maduro. L’opération a commencé à 22h46, heure de Washington, le 2 janvier 2026. Les forces américaines ont pénétré Caracas, échangé des tirs avec le personnel de sécurité vénézuélien, sécurisé Maduro et Flores, et les ont extraits sans pertes américaines. À 3h29, les deux détenus étaient à bord de l’USS Iwo Jima, un navire d’assaut américain positionné dans les Caraïbes[3].
Accusation pour trafic de drogue
La justification juridique de l’administration Trump pour l’opération repose sur une inculpation fédérale de 25 pages déposée devant le tribunal de district américain du district sud de New York. L’inculpation accuse Maduro, son épouse Flores, et d’autres responsables vénézuéliens de complot en vue de distribuer de la cocaïne et de l’héroïne aux États-Unis, de trafic d’armes et de narcoterrorisme[4]. Selon les procureurs, Maduro a utilisé sa fonction de président pour faciliter directement les opérations de trafic de drogue, notamment :
- Vendre des passeports diplomatiques aux trafiquants de drogue pour permettre leurs déplacements sous couvert diplomatique
- Organiser le transport des recettes issues de la drogue via des canaux diplomatiques en utilisant des avions privés
- Ordonner aux forces de sécurité de confisquer les cargaisons de drogue saisies par les forces de l’ordre et de les redistribuer aux réseaux de trafic
- Ordonner des enlèvements, des passages à tabac et des meurtres contre les individus qui avaient des dettes ou représentaient des menaces pour les opérations de drogue
- Collaborer avec le Cártel de los Soles, une organisation criminelle prétendument dirigée par Maduro lui-même[5]
La procureure générale Pam Bondi a déclaré que l’accusé « rencontrera bientôt toute la rigueur de la justice américaine sur le sol américain devant les tribunaux américains. »[6].
L’administration Trump qualifie l’opération non pas de changement de régime ou d’intervention militaire, mais d’une action policière menée par des agents fédéraux avec un soutien militaire—une distinction cruciale dans le calcul juridique de l’administration.
Partie II : La question du droit international—Les États-Unis peuvent-ils légalement inculper Maduro ?
La question constitutionnelle contre le droit international
C’est ici que l’analyse se divise en deux cadres juridiques distincts. Dans le cadre du droit constitutionnel américain, la réponse semble claire : les tribunaux américains possèdent la compétence sur les ressortissants étrangers pour certains crimes, et la jurisprudence suggère que l’enlèvement illégal à l’étranger n’empêchera pas la poursuite. Dans Ker v. Illinois (1886) et United States v. Alvarez-Machain (1992), la Cour suprême a établi la « doctrine Ker-Frisbie », affirmant que l’enlèvement illégal ne prive pas un tribunal américain de la compétence pour juger un accusé[7]. Même si l’arrestation de Maduro violait le droit international, les tribunaux américains poursuivraient probablement son procès.
Cependant, le droit international raconte une toute autre histoire. Des experts juridiques issus d’institutions majeures ont conclu que l’opération viole des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies et du droit international coutumier. Rachel VanLandingham, professeure de droit de la sécurité nationale à la Southwestern Law School, déclare : « Il n’existe aucune base juridique pour une action policière extraterritoriale qui porte atteinte à l’intégrité territoriale d’un autre État. C’est pourquoi les traités d’extradition existent ; les États doivent donner leur permission. »[8]
Violations de la Charte des Nations Unies
La Charte des Nations Unies, Article 2(4), interdit explicitement aux États membres de menacer ou d’utiliser la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout autre État. La charte ne prévoit aucune exception pour les opérations de maintien de l’ordre, quelle que soit la gravité des crimes allégués[9]. Un commentaire d’un expert en droit international de l’Institut Chatham House note :
« Il est difficile d’envisager des justifications juridiques possibles pour transporter Maduro vers les États-Unis, ou pour les attaques. Il n’existe aucun mandat du Conseil de sécurité de l’ONU pouvant autoriser l’emploi de la force. Clairement, il ne s’agissait pas d’un acte de légitime défense des États-Unis déclenché par une attaque armée antérieure ou en cours de la part du Venezuela. »[10]
L’opération viole également le principe de non-intervention, pierre angulaire des relations internationales établie après la Seconde Guerre mondiale précisément pour empêcher les États puissants d’imposer unilatéralement leur volonté aux nations plus faibles. En éliminant physiquement Maduro—un chef d’État en exercice—du territoire vénézuélien, les États-Unis ont directement substitué la coercition externe à l’autorité nationale vénézuélienne[11]. Cela représente l’une des violations les plus flagrantes de la souveraineté d’un État.
L’argument problématique de la légitime défense
L’administration Trump a avancé un argument de légitime défense, alléguant que des organisations de trafic de drogue prétendument dirigées par Maduro ont blessé des citoyens américains par la distribution de fentanyl et de cocaïne. Cependant, la légitime défense en vertu de l’article 51 de la Charte de l’ONU requiert une « attaque armée antérieure ou en cours » de la part de l’État en question[12]. Aucune preuve ne suggère que le Venezuela, en tant qu’entité étatique, ait lancé une attaque armée contre les États-Unis. Les organisations criminelles opérant sur le territoire vénézuélien—even si elles sont tolérées par des responsables gouvernementaux—ne constituent pas des attaques armées justifiant une réponse militaire d’un autre État.
Cet argument établirait un précédent dangereux. Si le trafic de drogue depuis le Venezuela justifie une intervention militaire unilatérale, alors de nombreux autres États pourraient justifier des interventions contre des pays abritant des organisations terroristes, des entreprises criminelles ou des organisations impliquées dans la traite des êtres humains. Ce précédent rendrait l’article 2(4) sans effet.
La distinction entre juridiction et application de la loi
Le droit international reconnaît une distinction essentielle entre la juridiction pour prescrire la loi et la juridiction pour appliquer la loi. Bien que les États-Unis puissent revendiquer une juridiction sur certains crimes commis à l’étranger affectant des intérêts américains, cette revendication juridictionnelle ne confère pas le pouvoir d’appliquer la loi nationale par des moyens coercitifs sur un territoire étranger sans consentement[13]. Les traités d’extradition, les accords d’entraide judiciaire mutuelle et les mécanismes judiciaires internationaux existent spécifiquement pour permettre la coopération pénale transfrontalière tout en préservant la souveraineté des États. L’administration Trump a entièrement contourné ces mécanismes.
Préoccupations liées au précédent
Bien que l’administration Trump ait établi des comparaisons avec l’opération de 1989 à Panama contre le général Manuel Noriega — une autre instance d’extraction forcée d’un dirigeant étranger — les juristes soutiennent que ces précédents, aussi controversés soient-ils, sont distinguables. À Panama, les États-Unis avaient affirmé que l’action était déclenchée par la mort d’un soldat américain tué par les forces panaméennes, ce qui constitue un argument de légitime défense plus convaincant[14]. Au Venezuela, aucun incident comparable n’a précédé l’intervention.
De plus, une affaire de 2022 souvent citée par des responsables de l’administration concernait l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, extradé vers les États-Unis pour des accusations liées à la drogue et condamné à 45 ans de prison. Pourtant, en décembre 2024, Trump a accordé à Hernández une grâce présidentielle, sapant ainsi la crédibilité de l’engagement de l’administration à poursuivre des chefs d’État étrangers pour des charges liées à la drogue[15].

Figure 2 : Les critiques s’interrogent sur le fait que la justification officielle de lutte contre le trafic de drogue masque des intérêts plus larges liés aux ressources en Venezuela
Partie III : Le nexus des ressources — Pétrole, minéraux et motivations économiques
Alors que l’administration Trump met en avant le prétexte du trafic de drogue, un examen attentif des déclarations de Trump lui-même et des actions de l’administration révèle des intérêts économiques beaucoup plus importants qui motivent la politique américaine envers le Venezuela.
Le pétrole : la cible principale
Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole brut au monde, estimées à environ 300 milliards de barils[16]. Lors de sa conférence de presse juste après la capture de Maduro, Trump a mentionné le mot « pétrole » au moins 20 fois, selon une analyse du journal Le Monde.
- Trump a déclaré : « Nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, vont intervenir, dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement dégradées, les infrastructures pétrolières, et commencer à générer des revenus pour le pays. »[17]
L’administration a déjà commencé à mettre en œuvre une stratégie de contrôle du pétrole. Le secrétaire d’État Marco Rubio a annoncé que les États-Unis saisiraient initialement et vendraient de 30 à 50 millions de barils de pétrole vénézuélien déjà sanctionné, d’une valeur d’environ 1,8 à 3 milliards de dollars aux prix actuels du marché d’environ 60 dollars le baril[18].
Trump a déclaré que les revenus de ces ventes seraient « contrôlés par moi, en tant que Président des États-Unis d’Amérique, pour garantir qu’ils soient utilisés au profit du peuple du Venezuela et des États-Unis. »[19]
Rubio a souligné la dimension du contrôle : « Les sanctions américaines sur le pétrole vénézuélien offrent un ‘levier énorme’, car les dirigeants intérimaires du pays sud-américain ‘ne peuvent déplacer aucun pétrole’ à moins d’être autorisés par l’administration Trump. »[20] Le secrétaire à l’Énergie Chris Wright a ensuite déclaré que les États-Unis contrôleraiennt les ventes de pétrole vénézuélien « indéfiniment », suggérant une gestion américaine permanente du secteur pétrolier vénézuélien.
Minéraux et terres rares
Cependant, le pétrole n’est pas la seule ressource d’intérêt. Un jour après l’arrestation de Maduro, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick a publiquement appelé à revitaliser le secteur minier du Venezuela. L’Arc minier de l’Orénoque — une zone de 111 843 kilomètres carrés créée par Maduro en 2016 dans les jungles du sud du Venezuela — contient :
| Minéral/Ressource | Quantité estimée |
| Or | Plus de 7 000 tonnes métriques (selon les affirmations de Maduro) |
| Diamants | Importants mais non vérifiés |
| Coltan | Gisements significatifs |
| Nickel | Environ 408 000 tonnes métriques |
| Bauxite | Grandes quantités |
| Charbon | Environ 3 milliards de tonnes métriques |
| Terres rares | Potentiellement présentes mais non cartographiées |
Tableau 1 : Ressources minérales du Venezuela dans l’Arc minier de l’Orénoque
Ces ressources ont une importance stratégique pour les secteurs de la défense et de la technologie aux États-Unis. Le coltan, par exemple, est essentiel à la fabrication de produits électroniques et d’équipements militaires. Les terres rares sont cruciales pour la technologie des énergies renouvelables, les systèmes de défense et la fabrication avancée[21]. Bram Ebus, expert des économies illicites du Venezuela, a expliqué à Fox News : « Le potentiel de l’or, des minéraux critiques et des terres rares du Venezuela est considérable, ce qui place les ressources minières très clairement sur la table pour Trump. »[22]
L’intérêt de l’administration à empêcher l’accès chinois aux minerais vénézuéliens ajoute une dimension géopolitique. En contrôlant les ressources minérales du Venezuela, les États-Unis peuvent simultanément sécuriser des intrants critiques pour leurs propres secteurs technologique et de défense tout en privant la Chine, un concurrent stratégique majeur[23], de ces ressources.
Stratégie de contrôle économique
L’approche de l’administration Trump envers le Venezuela va au-delà d’une simple extraction de ressources. En effet, les responsables américains mettent en œuvre ce qui équivaut à une administration économique des affaires vénézuéliennes. Rubio a décrit un « processus en trois étapes » impliquant la stabilisation, la reprise et la transition. Selon ce cadre :
- Les États-Unis contrôlent les ventes et la commercialisation du pétrole vénézuélien sur les marchés mondiaux
- Les recettes tirées des ventes de pétrole sont gérées par des entités gouvernementales américaines, et non par les autorités vénézuéliennes
- Les compagnies pétrolières américaines seront invitées à investir des milliards dans les infrastructures vénézuéliennes
- Les responsables américains exercent un droit de veto sur les décisions du gouvernement vénézuélien provisoire concernant la répartition des ressources[24]
Trump a annoncé cet arrangement sans précédent sans en préciser la base juridique ou constitutionnelle. Aucun traité n’autorise l’administration américaine des affaires vénézuéliennes. Aucun mandat de l’ONU n’existe. Cet arrangement représente un colonialisme économique américain de facto.
Partie IV : Soutien politique et mouvement MAGA
Construction de coalition
De manière surprenante, l’intervention de Trump au Venezuela a suscité un soutien mesuré de nombreuses sphères habituellement critiques envers l’interventionnisme militaire. Cela inclut des portions significatives de sa base MAGA, de la direction républicaine, ainsi que certains démocrates focalisés sur la lutte contre les régimes autoritaires.
Le sondage de l’université Quinnipiac réalisé durant l’escalade des opérations navales montrait une opinion publique partagée : 63 % des électeurs s’opposaient à une action militaire au Venezuela, tandis que seulement 25 % la soutenaient. Cependant, le soutien variait fortement selon le parti : 52 % des Républicains favorisaient l’opération, contre seulement 19 % des indépendants[25]. Cette division fondée sur l’appartenance partisane suggère que l’intervention est devenue une question tribale plutôt qu’une évaluation basée sur ses mérites.
Soutien des influenceurs MAGA
Steve Bannon, l’ancien stratège en chef populiste de Trump et animateur du podcast « War Room », a qualifié l’opération de « audacieuse et brillante. »[26] Candace Owens, podcasteuse conservatrice influente dans les cercles MAGA, a évoqué des théories du complot, affirmant que l’opération démontrait que la « CIA exerce un autre contrôle hostile sur un pays à la demande de psychopathes globalistes. »[27]
Cependant, les figures traditionnelles du mouvement MAGA axé sur l’isolationnisme « America First » ont exprimé d’importantes réserves. Le représentant Thomas Massie, un Républicain conservateur souvent critique de l’intervention militaire, a souligné l’inculpation de Trump lui-même — qui « ne mentionne ni l’étanyl ni le pétrole » — contredisant les déclarations publiques de Trump sur l’objectif de l’opération[28].
Massie a noté sarcastiquement : « Pendant ce temps, Trump annonce qu’il a pris le contrôle du pays et le gérera jusqu’à ce qu’il trouve un remplaçant approprié. Bonus : les dirigeants pétroliers américains en tireront profit. »[29]
Le sénateur Rand Paul du Kentucky, historiquement opposé aux interventions militaires étrangères, a déclaré sur les réseaux sociaux que le départ de Maduro était nécessaire, tout en cosignant une législation visant à limiter les pouvoirs présidentiels de guerre au Venezuela. Paul a souligné : « Il est essentiel de rappeler que nos fondateurs ont limité la capacité de l’exécutif à déclarer la guerre sans approbation du Congrès — pour atténuer les horreurs de la guerre et la confiner aux actions défensives. »[30]
Soutien de l’establishment républicain
La direction républicaine a largement soutenu l’action de Trump au Venezuela. Le sénateur Todd Young de l’Indiana a demandé « plus de réponses » mais a indiqué sa volonté de collaborer avec l’administration. Nikki Haley, ancienne ambassadrice de Trump à l’ONU et candidate à la présidentielle de 2024, a déclaré que « le peuple vénézuélien mérite la liberté, et nous devrions espérer que ce moment marque un nouveau jour pour les Amériques », approuvant le résultat de l’intervention sans nécessairement en cautionner les méthodes[31].
Même Adam Kinzinger, un critique de Trump connu pour s’opposer aux contestations des résultats électoraux de 2020 par Trump, a qualifié l’arrestation de Maduro de « la bonne décision », indiquant que les décisions de politique étrangère peuvent transcender les divisions partisanes lorsqu’elles correspondent aux intérêts établis des États-Unis[32].
Rôle du secrétaire d’État Marco Rubio
Le secrétaire d’État Marco Rubio, né en Floride dans une famille d’exilés cubains opposés au communisme, est devenu un acteur clé et un défenseur de la politique de Trump envers le Venezuela. Lors d’un briefing aux sénateurs, Rubio a souligné la nécessité d’empêcher la Russie et la Chine d’accéder aux ressources vénézuéliennes et de stabiliser rapidement le pays grâce aux revenus pétroliers[33]. Sa nomination au poste de secrétaire d’État reflétait l’intention de Trump de mener une politique hémisphérique agressive, et le Venezuela est devenu le terrain d’essai initial de cette approche.
Fait notable, lors de sa conférence de presse, Trump a proféré des menaces à peine voilées envers Cuba, Rubio avertissant : « Si je vivais à La Havane et que je faisais partie du gouvernement, je serais inquiet, au moins un peu. »[34] Cela suggère que le Venezuela pourrait n’être que le premier chapitre d’une stratégie plus large de l’administration Trump envers l’Amérique latine.

Figure 3 : Le secrétaire d’État Marco Rubio est devenu un architecte principal de la politique de Trump envers le Venezuela
Partie V : Intérêts du lobbying et alignement des entreprises
Mobilisation de l’industrie pétrolière
Quelques jours après la capture de Maduro, Trump a réuni des dirigeants du secteur pétrolier pour discuter du secteur pétrolier vénézuélien. Selon un reportage de CNN, des responsables de l’administration Trump ont présenté une stratégie provisoire pour un « contrôle indéfini » des ventes de pétrole vénézuélien. Le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, a informé les dirigeants du secteur énergétique, leur promettant un accès aux ressources vénézuéliennes[35].
Cependant, les compagnies pétrolières ont réagi avec scepticisme plutôt qu’enthousiasme. Plusieurs dirigeants ont exprimé des inquiétudes concernant les risques politiques et sécuritaires liés aux opérations au Venezuela, malgré les promesses de soutien militaire américain. Un responsable du secteur a déclaré à E&E News : « Je pense que nous sommes en terrain inconnu selon ce qui se passera dans les deux prochaines semaines. »[36] Néanmoins, au moins une entreprise — Gold Reserve — a manifesté son empressement à récupérer les opérations minières précédemment saisies et exploitées par le Cártel de los Soles[37].
Intérêt de l’industrie minière
L’implication du secrétaire au Commerce Howard Lutnick indique l’engagement de l’administration envers l’extraction minérale parallèlement aux intérêts pétroliers. L’administration Trump aurait travaillé avec des sociétés de capital-investissement pour développer des projets critiques de minéraux et d’or au Venezuela avec des contrats d’achat pour les États-Unis[38]. Cependant, la sévère situation sécuritaire dans les zones minières vénézuéliennes — impliquant le contrôle par des gangs criminels, une violence systématique, le travail forcé et une brutalité extrême — présente des obstacles considérables même avec le soutien militaire américain[39].
Leland Lazarus, PDG de Lazarus Consulting, une entreprise de gestion des risques géopolitiques conseillant les représentants du Département de la Défense sur les projets vénézuéliens, a déclaré : «
« Les investissements nord-américains se précipiteraient certainement pour faire des affaires au Venezuela. Le pétrole pourrait être en tête de liste, mais nous savons qu’il existe un intérêt tacite pour les gisements miniers du Venezuela, qui représentent bien plus qu’un simple avantage secondaire — à la fois pour empêcher la Chine d’obtenir des minéraux critiques et des terres rares, et pour accéder à des gisements de premier ordre favorisant le progrès technologique américain. »[40]
L’économie politique MAGA
L’intervention au Venezuela illustre ce que les chercheurs pourraient appeler « l’économie politique MAGA » — une fusion de la rhétorique nationaliste avec l’extraction corporative. Trump présente le contrôle américain des ressources vénézuéliennes comme une réparation des pertes passées des États-Unis. Lors de sa conférence de presse, Trump a affirmé à plusieurs reprises que les compagnies pétrolières américaines avaient été « pillées » lorsque Hugo Chávez a nationalisé le pétrole vénézuélien au début des années 2000, et que les États-Unis devaient récupérer ces actifs[41].
Ce récit confond les intérêts corporatifs américains avec les intérêts nationaux américains. Les profits des compagnies pétrolières issus de l’extraction pétrolière au Venezuela ne bénéficient pas directement aux travailleurs américains ordinaires, pourtant Trump les présente comme des gains nationaux américains. De la même manière, l’administration affirme que les revenus pétroliers « bénéficieront au peuple du Venezuela », tout en réservant simultanément le contrôle de ces revenus aux responsables gouvernementaux américains et aux entreprises privées[42].
Partie VI : Implications pour le droit international et la politique étrangère des États-Unis
Établir un précédent
Les actions de l’administration Trump au Venezuela établissent des précédents dangereux pour les relations internationales. En démontrant qu’une puissance militairement supérieure peut extraire un dirigeant étranger unilatéralement sans autorisation du Conseil de sécurité ni conséquences internationales significatives, les États-Unis ont fait savoir que les protections à la souveraineté étatique prévues par la Charte des Nations Unies s’appliquent de façon sélective[43].
D’autres nations peuvent en déduire logiquement que des interventions similaires sont permises lorsqu’elles sont justifiées par des préoccupations de sécurité intérieure, le trafic de drogue ou des menaces aux intérêts nationaux. La Russie, par exemple, pourrait invoquer des justifications comparables pour intervenir en Ukraine, en Géorgie ou sur des territoires moldaves pour des raisons de sécurité nationale. La Chine pourrait justifier une intervention à Taïwan ou dans les territoires de la mer de Chine méridionale en utilisant une logique analogue.
Questions de légitimité démocratique
Ironiquement, l’administration Trump a partiellement justifié son intervention au Venezuela en avançant que Maduro est un dirigeant « illégitime » qui a volé l’élection présidentielle de 2024. Pourtant, cette administration est demeurée notablement silencieuse sur la légitimité des élections parlementaires vénézuéliennes de 2025, que la plupart des observateurs internationaux jugent également frauduleuses[44]. Cette préoccupation sélective pour la légitimité électorale vénézuélienne — invoquée pour justifier une intervention militaire mais ignorée lorsqu’elle est gênante — affaiblit les prétentions à un engagement de principe en faveur de la démocratie.
Conséquences institutionnelles
Le Congrès a été peu informé de l’intervention au Venezuela. Aucune autorisation formelle de guerre n’a été demandée. Trump a décrit l’opération comme une action policière plutôt que militaire afin d’éviter les exigences constitutionnelles liées aux pouvoirs de guerre. Ce contournement institutionnel établit un précédent pour des actions militaires exécutives de portée croissante menées sans participation législative[45].

Figure 4 : Les vastes réserves pétrolières du Venezuela représentent les plus grands gisements prouvés de pétrole au monde, essentiels pour les intérêts stratégiques des États-Unis
Conclusion
L’enlèvement de Nicolás Maduro par l’administration Trump et la prise de contrôle subséquente des affaires vénézuéliennes représentent un tournant majeur dans les relations internationales et la politique étrangère américaine. Bien que officiellement justifiée comme une opération de lutte contre le narcoterrorisme, la majorité des preuves indique que les intérêts liés aux ressources — en particulier le pétrole et les minéraux stratégiques — constituent la principale motivation de l’intervention américaine.
D’un point de vue strictement juridique, l’opération viole l’interdiction de la Charte des Nations Unies concernant l’usage de la force contre l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des États. Aucune autorisation du Conseil de sécurité n’existait. Aucun déclencheur clair de légitime défense ne justifiait l’intervention. La distinction entre la juridiction de prescription de la loi et celle d’application de la loi a été effacée.
Sur le plan intérieur, l’opération a généré un soutien qualifié de la coalition MAGA de Trump et de la direction républicaine, bien que non sans réserves de la part des républicains à tendance isolationniste, préoccupés par des écarts aux principes de l’Amérique d’abord. Les dirigeants du secteur pétrolier ont répondu prudemment aux opportunités au Venezuela, tandis que les intérêts miniers attendent avec empressement l’accès aux ressources minérales critiques.
Politiquement, l’intervention indique que l’administration Trump poursuivra des politiques économiques nationalistes combinant extraction des ressources et affirmation de la domination américaine dans l’hémisphère — une stratégie qui rappelle par certains côtés les époques antérieures de l’impérialisme américain. Le secrétaire d’État Marco Rubio est apparu comme un acteur clé de cette politique, avec des signes suggérant que Cuba pourrait être la prochaine cible d’interventions similaires.
Les conséquences à long terme de cette intervention seront considérables. Que le précédent établi par l’extraction militaire unilatérale de dirigeants étrangers devienne une norme ou reste une anomalie dépendra de la capacité des autres nations à contester la domination américaine. Pour l’instant, l’administration Trump a démontré à la fois la volonté et la capacité de violer le droit international lorsqu’elle est suffisamment motivée par des intérêts liés aux ressources et prête à absorber les coûts réputationnels. Le Venezuela est devenu un cas test de l’impérialisme des ressources au XXIe siècle.
Références
[1] Reuters. (2026, 3 janvier). La capture du président vénézuélien par les États-Unis était-elle légale ? Consulté sur https://www.reuters.com/world/us/was-us-capture-venezuelas-president-legal-2026-01-03/
[2] BBC News. (2025, 2 décembre). Pourquoi Trump a-t-il attaqué le Venezuela et capturé Maduro ? Consulté sur https://www.bbc.com/news/articles/c93n4nx5yqro
[3] Le Monde. (2026, 3 janvier). Avec l’enlèvement de Maduro, Trump montre ses muscles et envoie un message au monde. Consulté sur https://www.lemonde.fr/en/international/article/2026/01/04/with-maduro-abduction-trump-flexes-muscles-and-sends-world-a-message/
[4] Lawfare. (2026, 7 janvier). Les batailles juridiques à venir pour Nicolás Maduro. Consulté sur https://www.lawfaremedia.org/article/inside-the-legal-battles-ahead-for-nicolas-maduro
[5] Ibid.
[6] Reuters. (2026, 3 janvier). Ibid.
[7] SCOTUS Blog. (2026, 8 janvier). L’arrestation de Maduro met en lumière ces décisions de la Cour Suprême. Consulté sur https://www.scotusblog.com/2026/01/maduros-arrest-places-these-supreme-court-rulings-in-the-spotlight/
[8] The Hill. (2026, 11 janvier). Fondement juridique de la capture de Maduro suivi par de ‘graves inquiétudes’. Consulté sur https://thehill.com/homenews/administration/5682340-trump-administration-maduro-venezuela-un-charter/
[9] Diplomacy and Law. (2026, 3 janvier). L’arrestation de Nicolas Maduro : légalité au regard du droit international. Consulté sur https://www.diplomacyandlaw.com/post/nicolas-maduro-s-arrest-legality-under-international-law
[10] Chatham House. (2026, 5 janvier). La capture du président Nicolás Maduro par les États-Unis – et les attaques contre le Venezuela sont injustifiables. Consulté sur https://www.chathamhouse.org/2026/01/us-capture-president-nicolas-maduro-and-attacks-venezuela-have-no-justification
[11] Diplomacy and Law. (2026, 3 janvier). Ibid.
[12] Chatham House. (2026, 5 janvier). Ibid.
[13] Diplomacy and Law. (2026, 3 janvier). Ibid.
[14] Reuters. (2026, 3 janvier). Ibid.
[15] Politico. (2026, 4 janvier). Pourquoi l’intervention de Trump au Venezuela est différente. Consulté sur https://www.politico.com/news/magazine/2026/01/04/trump-venezuela-legal-fallout-column-00710331
[16] Le Monde. (2026, 8 janvier). Trump, le symbole d’un capitalisme toujours plus vorace en pétrole et terres rares. Consulté sur https://www.lemonde.fr/en/economy/article/2026/01/09/trump-the-symbol-of-a-capitalism-ever-more-voracious-for-oil-and-rare-earth
[17] Ibid.
[18] CBS News. (2026, 6 janvier). Rubio affirme que les États-Unis ont un « levier considérable » sur le Venezuela, contrôleront les ventes de pétrole. Consulté sur https://www.cbsnews.com/news/venezuela-oil-rubio-us/
[19] Ibid.
[20] Ibid.
[21] E&E News. (2026, 6 janvier). Trump veut le pétrole du Venezuela. Qu’en est-il des minéraux ? Consulté sur https://www.eenews.net/articles/trump-wants-venezuelas-oil-what-about-minerals/
[22] Fox News. (2026, 10 janvier). L’administration Trump s’intéresse aux minéraux du Venezuela après l’arrestation de Nicolás Maduro. Consulté sur https://noticias.foxnews.com/us/expert-warns-extreme-violence-venezuelan-mining-trump-admin-eyes-mineral-reserves
[23] E&E News. (2026, 6 janvier). Ibid.
[24] CBS News. (2026, 6 janvier). Ibid.
[25] CNN. (2026, 4 janvier). Les alliés MAGA de Trump soutiennent majoritairement son action contre le Venezuela. Consulté sur https://www.cnn.com/2026/01/04/politics/trump-venezuela-maga-republicans-support
[26] Ibid.
[27] Ibid.
[28] Ibid.
[29] Ibid.
[30] Ibid.
[31] Ibid.
[32] Ibid.
[33] CBS News. (2026, 6 janvier). Ibid.
[34] Le Monde. (2026, 3 janvier). Ibid.
[35] CNN. (2026, 7 janvier). Les responsables de Trump s’efforcent de convaincre des élus sceptiques et des dirigeants pétroliers. Consulté sur https://www.cnn.com/2026/01/07/politics/trump-officials-venezuela-oil-plan
[36] E&E News. (2026, 6 janvier). Ibid.
[37] Ibid.
[38] Ibid.
[39] Fox News. (2026, 10 janvier). Ibid.
[40] E&E News. (2026, 6 janvier). Ibid.
[41] Le Monde. (2026, 3 janvier). Ibid.
[42] CBS News. (2026, 6 janvier). Ibid.
[43] Chatham House. (2026, 5 janvier). Ibid.
[44] Chatham House. (2026, 5 janvier). Ibid.
[45] The Hill. (2026, 11 janvier). Ibid.


